Les meldois parlent aux meldois : à propos de Pierre Quillet

Publié le 12 Février 2008

"Meaux, le 4 février 2008

Lecteur régulier de votre Blog dont j’apprécie la spontanéité, l’objectivité et la qualité de certains articles concernant notre ville.
J’ai découvert par hasard quelques lignes rendant hommage à Pierre QUILLET, récemment disparu. Ces lignes comportant plusieurs informations erronées, j’ai pensé que vos lecteurs seraient certainement intéressés par des renseignements plus précis sur cette personnalité meldoise unique appréciée de TOUS pour ces qualités humaines, mais dont la carrière et le rôle politique reste trop méconnu du grand public.

Observateur privilégié de la vie politique meldoise depuis deux décennies, j’ai donc tenté, sans aucune prétention, de retracer succinctement le parcours politique exceptionnel de Pierre QUILLET. Tous les faits et les dates mentionnés sont facilement vérifiables ; mon récit se veut le plus objectif soit-il.

Je n’ai nullement la prétention de détenir, ni la vérité absolue, ni la science infuse… Libre à vos lecteurs que je sais attentifs et réactifs de me corriger ou de me contredire s’il le souhaite.

J’aurais préféré conserver l’anonymat (le rédacteur de ce blog ne le souhaite pas, ce que je comprends parfaitement) non par crainte de je ne sais quoi ou de je ne sais qui, mais pour deux raisons simples :
1) Je n’ai pas la prétention d’être le biographe ou l’héritier de Pierre QUILLET. Ce que j’ai écrit, d’autres auraient pu l’écrire et l’on peut considérer, d’une certaine façon, que c’est un récit collectif.
2) Je ne souhaite pas cristalliser sur mon nom je ne sais quelle polémique politicienne en cette période électorale où beaucoup s’agitent à défaut de propositions.

Je souhaite simplement par ces quelques mots rendre hommage à ce grand Monsieur que fut Pierre QUILLET, en souhaitant que notre ville à laquelle il a tant donné lui rende un jour l’Hommage qu’il mérite.

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Il faut préciser que tous les maires qui se sont succédé après guerre, Paul BARENNES (1944/1959) et BOUVIN (1959/1971) étaient tous dans la mouvance Rad-Soc, disons centriste pour faire simple. Monsieur MILLOT (1971/1976) ayant démissionné en cours de mandat, c’est le Docteur HAPPERT qui lui succède pour terminer la mandature (76/77) avec à ses côtés un certain  Pierre QUILLET, médecin urgentiste à l’hôpital de Meaux, créateur du S.M.U.R. ; sa femme est également médecin généraliste dans le quartier de la Pierre Collinet où ils résident.

L’année 1976 vit également l’arrivée en mairie d’un jeune prof socialiste, inconnu du grand public, Jean LION.

Un an après, lors des élections municipale de 1977, ce jeune prof inconnu balayait l’équipe du Dr HAPPERT et s’installait à la tête de la Mairie pour un règne qui durera 18 ans (1977/1995). Copé a toujours rêvé secrètement d’égaler et de battre ce record… Ce qui explique certainement - pêché d’orgueil - son refus d’inscrire le nom d’Aange ANZIANI dans le marbre, sur la plaque située dans le hall de l’Hôtel de Ville, où figurent tous les maires de Meaux depuis 1784. Les historiens corrigeront certainement dans quelques décennies ce que l’on peut qualifier, sans parti pris, une injustice.

Pierre QUILLET se retrouve donc conseiller d’opposition durant six ans. En 1983, la ville de Meaux suscite de nombreuses convoitises : la droite, favorite, se livre alors une guerre fratricide (Héraud contre Larché) qui permet au jeune maire socialiste, Jean LION, d’être réélu contre toute attente! La Droite meldoise ressort de ces élections en lambeaux…

Ce sera Pierre QUILLET en 1985 qui relèvera le flambeau. Investi par défaut aux cantonales, candidat RPR (personne n’aurait parié un kopeck sur les chances de victoire d’un candidat de la droite, qui plus est Pierre QUILLET), il remporte à la surprise générale le canton de Meaux nord contre le puissant Robert LEFOLL, alors Député-Maire de Crégy-les-Meaux, ami personnel de Lionel JOSPIN, se payant même le luxe de battre lors de primaire le candidat UDF.

Grâce à cette victoire inespérée, la droite meldoise se reconstruit petit à petit autour de Pierre QUILLET et du RPR grâce à l’énergie d’une poignée de militants fidèles et enthousiastes.

Les municipales de mars 1989 arrivent : Pierre réussit à rassembler sur son nom l’ensemble des partis de Droite et se prépare à affronter Jean LION, à l’apogée de sa gloire et de sa puissance comme l’est aujourd’hui Jean François COPE au terme de son second mandat.

Mais, Guy DRUT est parachuté à Meaux avec le soutien direct de Jacques CHIRAC, à quelques mois du scrutin municipal. Pierre, en bon petit soldat, s’efface naturellement et apporte tout son soutien au « parachuté ». Malheureusement, Guy DRUT, auréolé de son titre olympique aborde cette compétition sans nul doute un peu trop confiant… Résultat K.O dès le premier tour ! Jean LION est littéralement plébiscité.

Après cet échec cuisant, DRUT s’éclipsera rapidement (1992) préférant le « confort » de la Mairie de Coulommiers. Un choix qu’il a sans nul doute regretté par la suite ? D’abord en 1995 (élection de COPE à Meaux), et plus encore en 2008 (putsch de RIESTER à Coulommiers). La vie politique est ainsi faite…

A nouveau, Pierre QUILLET se retrouvait seul face à un Parti Socialiste hégémonique et à un maire, Jean LION tout puissant. La droite meldoise est à l’agonie.
Si j’osais une comparaison sans vouloir prendre parti, ni vexé qui que ce soit on peut considérer que la gauche meldoise traverse aujourd’hui les mêmes difficultés à une différence près : ils n’ont pas un homme providentiel nommé "QUILLET" en réserve.

En 1992, une fois de plus, Pierre QUILLET crée la surprise en étant réélu au poste de Conseiller Général de Meaux Nord, face à Robert LEFOLL, Député-Maire de Crégy. Un véritable exploit lorsque l’on sait que les villes de Meaux et de Crégy, socialistes à l’époque, représentent plus de 90% des électeurs du canton.
Une victoire qui en dit long sur les qualités politiques et humaines de Pierre QUILLET, des qualités qui font de lui un homme politique atypique et un redoutable adversaire politique.

Dans la foulée, Pierre contre toute attente remporte les élections législatives de 1993 face au puissant maire de Meaux, Jean LION, dans une circonscription (la 6e) acquise à la Gauche depuis des décennies.
C’est le premier échec de Jean LION depuis 1976 !... Un échec qui préfigure l’échec de 1995 : il en aurait été tout autrement si LION avait été élu Député en 1993.

Ce nouvel exploit le fait entrer dans la cour des grands et le place en pôle position pour les municipales de 1995 : la revanche de 89… Investi par les instances nationales du RPR, il rassemble derrière lui une large équipe avec en 7e position un certain Jean-François COPE, jeune énarque suppléant du député Guy DRUT, totalement inconnu des Meldois comme l’était Jean LION en 1976.

Pierre QUILLET aurait pu, aurait dû devenir Maire de Meaux en 1995, mais encore une fois, le sort en a décidé autrement…

Car Pierre va commettre une erreur politique, ou plutôt devrais-je dire une erreur politicienne et surtout électorale qui lui sera fatale. Il choisit - sans nul doute mal conseillé - de soutenir Balladur alors même que Meaux vote massivement CHIRAC qui d’ailleurs, y tiendra un grand meeting soutenu par son ami Guy DRUT et le jeune COPE que les Meldois découvrent.

Il faut souligner, car ce détail de calendrier est crucial pour comprendre la suite, que le deuxième tour des présidentielles (7 mai) se déroule quelques semaines seulement avant le premier tour des municipales (11 juin).

La victoire de CHIRAC fragilise quelque peu P. QUILLET, tête de liste officielle RPR/UDF, mais surtout, d’une part l’éloigne d’une son électorat naturel et d’autre part, le coupe de certains de ses soutiens historiques qui vont tenter un coup de poker inimaginable !

Une poignée de Meldois, emmenés par le Trio MORIN / MOUKHINE-FORTIER / POURQUOI, lancent une appel public relayé par La Marne et Le Parisien, demandant au jeune COPE de prendre la tête de liste. Un véritable séisme politique !

Copé, coincé en 7e position sur la liste QUILLET, accepte ce pari complètement fou et prend la tête d’une liste dissidente chiraquienne ! Avec le recul, sans vouloir minimiser les qualités et les compétences de Copé, on peut dire qu’il n’avait pas grand-chose à perdre dans cette aventure électorale.

Porté par la vague chiraquienne, mais surtout soutenu par les solides et efficaces réseaux « quilletistes » constitués depuis 1995 qui firent pour une fois largement défaut à Pierre QUILLET, le jeune COPE quasi inconnu remporte très nettement le premier tour à la grande surprise de la droite ; mais également de Jean LION qui se voyant déjà réélu, n’avait quasiment pas fait campagne (Lion, 37% - COPE, 30% - QUILLET, 15% et JALKH, FN, 17%).
A la décharge du maire sortant, il faut préciser que la Droite partait divisée en trois listes concurrentes ; ce qui, en théorie, laissait augurer une réélection facile pour le maire sortant Jean LION… Les Meldois en décideront autrement.

Comme il l’avait fait en 1989 avec Drut, Pierre apporte immédiatement son soutien sans aucune condition à Copé arrivé en tête du 1er tour. C’est sans nul doute grâce à ce soutien actif que Jean-François COPE remportera le 18 juin 2005 une victoire quasi historique et s’installe, à 31 ans, sur le trône du « Roi LION », terrassé par son excès de confiance et peut-être d’orgueil, pour un règne qui durera 18 ans ou plus… Les Meldois en décideront.
Attention, Monsieur COPEé ! L’histoire nous apprend que les Hommes ont tendance à commettre les mêmes erreurs… Rendez-vous donc en 2014.

Malgré cet échec douloureux et d’une certaine façon injuste, Pierre QUILLET poursuivra son action au service de ses concitoyens, en toute discrétion comme il l’a toujours fait, en tant que député et vice-président du Conseil Général.

En 1997, il cède son mandat de député à COPE qui subira une cuisante défaite face à Madame Nicole BRICQ, aujourd’hui Sénatrice de Seine et Marne.
A nouveau, Pierre QUILLET va jouer un rôle politique déterminant en stoppant net l’ascension de Madame BRICQ lors des élections cantonales de Meaux Nord, en 1998 qu’il remporte avec seulement 100 voix d’avance, dans une triangulaire avec le FN.
On peut raisonnablement penser que le scrutin municipal de 2001 aurait été tout autre si Madame BRICQ avait cumulé le poste de député et le poste stratégique de Conseiller Général de Meaux Nord…

Pierre achèvera son mandant de Conseiller Général en 2004, passant le témoin à l’un de ses fidèles, Olivier MORIN. Ce sera la fin d’une longue carrière politique commencée dans les années 1970.
Ce résumé succinct et partiel des trois décennies écoulées permettra peut-être à chacun de mieux comprendre aujourd’hui le rôle politique majeur joué par le Docteur Pierre QUILLET sur la scène politique meldoise et le nord Seine et Marne.

Un destin exceptionnel pour un Homme exceptionnel.

 

André MOUKHINE-FORTIER, un Meldois."

Rédigé par A. Moukhine Fortier

Publié dans #040 Les meldois parlent aux meldois

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jean paul ALLARD 12/11/2009 18:41


Je viens de lire l'article concernant Pierre QUILLET,ancien député.Candidat à ses côtés,en fin de la liste du Docteur HAPPERT c'est avec beaucoup d'émotion que j'apprends son décès .C'était un
homme admirable.J'aimerais tant que Jean-François COPE  perpétue son souvenir à Meaux comme il a été fait pour le Docteur HAPPERT par la dénomination d'une rue ou d'un espace public.C'était un
homme formidable dévoué à ses concitoyens


Benjamin 12/02/2008 20:43

Récit vraiment intéressant, évidemment subjectif comme toute interprétation politique , mais pas "borné"  et certainement exact sur le plan factuel. Merci Monsieur!Juste une chose: ce ne fut pas un grand exploit de vaincre en 1993 tellement la gauche discréditée a pris une déculottée nationale à ce moment (moins de cent députés tous partis confondus).Et quand même, que Copé ait fait le double de voix que M. Quillet aux municipales doit signifier que la ville, à tort ou à raison, voulait du renouveau. Ou qu'il a fait une bonne campagne. Ou les deux. Enfin en 97, JFC a subi une défaite, mais pas "cuisante": c'est à la faveur d'une triangulaire avec le FN que, presque par hasard, Bricq fut élue. L'exploit aurait été qu'elle garde son mandat après avoir eu deux cinq années pour faire ses preuves et bétonner son siège. Bien qu'assidue à l'Assemblée, au vu des résultats de 2002 on ne peut pas dire que le travail de terrain ait porté ses fruits.^^J'étais en Guyane en 2002, mais abonné à "la Marne" et je me souviens qu'elle se targuait d'un projet de loi pour favoriser " la restauration et la conservation des voitures anciennes de collection."Sujet éminent qu'il était bon de porter sur le plan législatif... mais pas très porteur auprès de la population meldoise dont ce n'était pas la préoccupation majeure : s'appuyer sur ça pour faire une campagne électorale... Et sa déclaration "contre les caméras à Beauval" (mais sans rien dire de celles posées en centre ville) sous prétexte que cela ne ferait que "stigmatiser des populations qui l'étaient déjà beaucoup" semblait vouloir dire que les prolos avaient le droit de se faire piquer leur voiture quand les bobos étaient protégés... JFC a su surfer là dessus, de façon quelque peu démago, mais on lui a donné de telles munitions...Là j'ai l'impression qu'il ne se la joue pas du tout  "c'est gagné d'avance": il ne laisse rien au hasard. Et si d'aventure dans une défaite globale de la droite il faisait un triomphe à Meaux, ça le renforcerait dans son parti sur le plan national.Son rouleau compresseur est impressionnant même si certains procédés semblent des plus douteux (débauchages, manoeuvres pour organiser des défections dans les listes adverses dont certaines carrément **** [automodération^^], quand par exemple on "nettoie" un site informatique avant de partir. La masse UMP sur le marché est impressionnante et il a même fait l'effort d'y passer quelques temps samedi dernier, pour serrer des mains! ^^