Municipales Meaux 2008 : Jean François Copé consulte...(2)

Publié le 6 Janvier 2008

Savoir lire entre les lignes

Dans le genre question détournée (plutôt étrange de l'avoir mise sous l'intitulé « un patrimoine a mettre en valeur » !), alambiquée, concernant un sujet qui mériterait d'être traité avec un peu plus de conviction et de courage, la dernière question de l'enquête de Jean François Copé est exemplaire. Question n°58 : "estimez-vous normal que chacun dans le respect de la laïcité, puisse pratiquer sa religion dans de bonnes conditions ?" Ou en clair :
"Trouveriez vous normal la construction d'une mosquée à Meaux ?"



La construction d'une mosquée à Meaux, c’est une histoire qui traîne depuis des années, et pour diverses raisons (que je vais vous dire par la suite) qui n'a encore jamais aboutie. Le fait que Jean François Copé a laissé une question du genre dans sa consultation n'est pas anodin, et c'est que le sujet va revenir dans l'actualité bientôt. Il y a déjà un moment que je souhaitais aborder le sujet de la mosquée, mais ça fait parti des choses, qui si elles ne sont au final pas plus grave qu'une autre si on les aborde simplement, ont tendance a exacerber les sensibilités des uns et des autres, mener vers des terrains glissants, et a créer la polémique. Bref j'attendais une occasion pour aborder la question. Et le questionnaire de Jean François Copé est celle là.   


Alors une mosquée, il en existe déjà une, à Meaux, qui se trouve avenue Dunant. Pas très loin il me semble de l'église Saint Jean Bosco. Pas très loin non plus de la très discrète synagogue, face au lycée Jean Vilar. Le bâtiment qui abrite la mosquée c'est une sorte de hangar. Et un lieu devenu trop étroit pour la pratique du culte. Donc ça fait quelques temps, quelques années même, que traîne dans les cartons un projet de construction d'une mosquée. J'en ai vu les plans en mairie. Un bâtiment assez simple, sur deux niveaux, avec un toit à deux pentes assez prononcé, si je me souviens bien, et un (petit) minaret plutôt accueilli froidement par les élus. Pour cette mosquée un terrain avait été donné par la mairie, situé au bout de la Pierre Collinet, (donc dans la zone rénovation urbaine), un peu avant le stade Corraza (en bord du canal de l'Ourcq après les pavillons de la résidence « les bouquets d'églantine »).
Et puis le projet est resté sans suite. Pas par faute de la mairie. Mais essentiellement pour deux raisons :
La première c'est le manque de financements. Là c'est l'occasion pour moi de revenir sur une fausse idée qu'on se fait : c'est l'argent des fidèles qui permet de construire la mosquée. Jamais elle ne serait financée par l'Etat ou par la commune, avec l'argent du contribuable ! Notamment par rapport à la loi sur la laïcité, et de la séparation de l'église et de l'Etat. Sauf exception, qui peut donner lieu à des subventions, où l'édifice cultuel est aussi un équipement d'intérêt culturel, et à ce moment, la partie du bâtiment dédié à la culture (salle de spectacle par exemple, ou bibliothèque, centre de recherche, musée...) donne droit à des subventions financées en partie par la communauté (comme n'importe quel autre équipement).
L'autre raison c'est une question que je n'ai pas réellement suivie mais qui concerne la direction de la mosquée de Meaux et les responsables du culte musulman à Meaux, qui étaient en désaccord.


"Estimez-vous normal que chacun dans le respect de la laïcité, puisse pratiquer sa religion dans de bonnes conditions ?" OUI ! Que répondre d'autre ? C’est la Laïcité qui le dit. Dire non ce serait remettre en cause ce principe fondamental de la culture française. Que les musulmans de Meaux aient un lieu plus digne, qu'un hangar, pour pratiquer le culte est normal. Est juste. Donc moi je dis OUI à la construction d'une mosquée à Meaux, si elle peut se faire. Mais j'attendrais quand même quelque chose de la communauté musulmane, à travers ce projet. Parce que ce n'est pas non plus un projet anodin, ce n’est pas une friperie ou un bowling qu’on construit. Et d’ailleurs j'en attendrais autant de tout autre culte ou de n'importe quelle association qui aurait un projet d'ampleur. C'est que ce projet apporte quelque chose à la commune entière. Qu'il soit d'un intérêt pour la ville entière. Et que la ville soit partie prenante de ce projet. Cela ne peut fonctionner que si la communauté musulmane de Meaux fait le choix de faire de cette mosquée un équipement cultuel ET culturel. Mais on ne peut non plus forcé ce choix.

Comme on annonce un multiplexe cinéma ou une nouvelle salle des fêtes, aujourd'hui entrevoir le projet d'une mosquée (d'un lieu cultuel et culturel) c'est imaginer derrière que ce projet va pouvoir redonner de l'attractivité à un quartier, être moteur d'urbanité, etc. Venir intervenir directement sur l'espace de la ville. En cela confiner la mosquée au fin fond du quartier Dunant-Collinet (pourquoi ne pas la cacher dans la zone industrielle pendant qu'on y est), n'est pas une solution. A vous dire où la construire ? Je n'en sais rien. Ça s’étudie. Pas au centre de Beauval, peut-être pas en centre ville (faute de place), mais pourquoi pas dans le faubourg, sur l'avenue Allende, l'avenue Foch. L'idée étant de faire participer pleinement un bâtiment, de la ville. Un projet de mosquée ça peut-être aujourd'hui aussi un projet de jardin public. Ca peut-être aussi un lieu de conférence, une salle des fêtes. Et un espace ouvert à tous. En tout cas je ne le conçois pas comme un espace fermé, dans un ghetto.



Voilà ce que je pense de cette question. Jean François Copé, Patrick Mavré, Ange Anziani sont-ils aujourd'hui capables d'évoquer ce projet pareillement ? Et sont-ils capables d'en discuter avec les meldois ? En tout cas il me semble qu'aborder le sujet de façon si peu franche, ne montre ni courage ni intérêt de la part des candidats aux municipales meldoises sur les vraies questions de la ville aujourd'hui.

(à suivre)


PS : le site de la mosquée de Meaux : http://www.albadr-meaux.fr/ (à retrouver dans les liens, sous le dénominatif "religion")

Rédigé par F.B.

Publié dans #320 Politique

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B
Comme cela est dit dans le premier commentaire, la loi de 1905 interdit tout financement public pour un lieu de culte (séparation de l'église et de l'état, garante de la liberté de croyance ou de non croyance)Seulement il y a un problème: les communautés installées depuis longtemps en France ont pu constituer un patrimoine architectural plus que conséquent (qu'elles ferment même parfois) et en outre ce patrimoine est pris en charge par l'état de par sa qualité de... monument historique.Les Musulmans de France (seconde religion) manquent de lieu de culte, et n'ont pas le financement pour en édifier (sans parler des réactions xébophobes à chaque fois qu'une mosquée pourrait s'édifier quelque part; à la rigueur, on en voudrait bien une, mais... ailleurs). Du coup ce sont les fondamentalistes waahbites qui amènent picaillons et... imans radicaux avecSans déroger à la loi de 1905, il me semble que par le biais des baux emphytéotiques ou des loyers raisonnables de locaux mis à disposition avec très longs bails, on devrait pouvoir résoudre en partie ce problème.
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J
Je suis tout à fait d'accord avec toi, la laïcité implique le droit pour tous de pratiquer sa religion dans des bonnes conditions. Il est vrai que l'insécurité actuelle fait que même dans les villages reculés les églises sont souvent fermée et ne sont les lieux de recueillement qu'elles furent par le passé.Pour en revenir à la mosquée, c'est à la communauté des musulmans de définir ce qu'ils veulent, un lieu cultuel ou un lieu cultuel et culturel, de l'extérieur, je ne vois pas ce que l'on a à en dire.Mais si ce projet de mosquée traîne depuis quelques années, M. Anziani s'en était occupé quand il était adjoint, c'est que ce projet pose la question des relations des Français avec l'Islam, la peur des islamistes que l'on confond aisément avec les musulmans...La loi de 1905 qui interdit les financement publics, oblige les communautés si elles ne sont riches à solliciter des fonds à l'étranger et c'est aussi là que le bat blesse.
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F
"Pour en revenir à la mosquée, c'est à la communauté des musulmans de définir ce qu'ils veulent, un lieu cultuel ou un lieu cultuel et culturel, de l'extérieur, je ne vois pas ce que l'on a à en dire."C'est vrai jeannot le choix leur appartiens. Et vous avez  dit simplements les problemes que ces projets sucitent.Merci de votre passage.