Jean Rose

Publié le 13 Août 2007

Le boulevard Jean Rose est un espace public majeur et évocateur de Meaux. Le nom de cette artère, construite sur ce que furent les anciens fossés de la cité médiévale, comblés et aménagés au XVIIIe siècle, lui fut donné en 1846 par une société savante et passionnée pour son histoire, en mémoire d'une figure de la fin du moyen âge qui a laissé une emprunte durable dans l’histoire locale.



Jean Rose était un bourgeois et fut un bienfaiteur de la ville de Meaux. Il fonda un hôpital (connu sous le nom d'hôpital de la Passion, puis hôpital Jean Rose), situé au bas de la rue Saint Remy près d'une ancienne porte de la ville. Il fit don de terres à des communautés religieuses, et à la ville de Meaux qui hérita son hôpital après sa mort.

C'est à peu près tout ce dont l'on est sur à propos du personnage, dont la vie se confond avec la légende. Par exemple sur l'origine de sa richesse, que l'on attribue au commerce du blé. On dit que la gestion sage de son commerce (il achetait un peu au dessus du prix du marché lorsque le marché du blé se portait bien et revendait un peu en dessous en temps de disette), lui valut autant sa richesse que l'estime générale. Or cette histoire est une invention des historiens du XIXe siècle (avant cela il n'en n'est jamais fait mention), un amalgame entre Jean Rose fondateur d'un hôpital et Nicolas Tronchon, qui sauva Meaux de la disette en 1789 en ouvrant ses greniers et vendant son blé à bon prix, dans l'idée qu’on les historiens (plutôt érudits locaux) de l’époque, de donner à la bourgeoisie meldoise du XIXe siècle, une sorte d'ascendance et de légitimité, portant l'image d'une tradition du bourgeois philanthrope. Plus probablement Jean Rose fut ce qu'on appelle un marchand de biens.

Si Jean Rose effectivement a compté dans l'histoire meldoise, jusqu'à en être un objet de dévotion plusieurs siècles encore après sa mort en 1364, son rôle a été mineur sur la ville, par rapport à celui des nombreuses congrégations religieuses, ou des pouvoirs politiques qui se succédèrent à Meaux. Mais cette valeur en plus que l'on a donnée au personnage lui vient certainement du fait qu'il appartenait à la société civile, et ce malgré une charité très pieuse, très dévote. Ce qui en a fait très certainement le héros de la riche bourgeoisie du XIXe, mais aussi celui du peuple. Un héros accessible, à la différences des saints et des personnages historiques que donnait l'église en modèle ; à Meaux citons Saint Faron, Saint Fiacre, Sainte Fare, Sainte Céline, ou les évêques Bossuet ou Briçonnet.



De la vie de Jean Rose donc on ne sait quasiment rien. Pas même sa date de naissance. En faisant quelques suppositions : sachant qu'on le dit mort (en 1364) "à l'age de vieillard", mais qu'on était vieux assez jeune en comparaison à aujourd'hui, et qu'on le sait assez actif quelques années avant sa mort (dans la fondation de l'hôpital qui porte son nom en 1356, puis lors de la Jacquerie en 1358), qu'il a eu une femme morte "jeune" en 1328, il devrait probablement être née entre 1290 et 1310 (il aurait donc vécu entre 54 et 74 ans, difficile de faire plus précis)

De sa femme, puisque j'en parle, on sait encore moins de choses : ni son nom (une source** dit "Jeanne" ?), ni sa date de naissance, ni son origine... Cette femme a du pourtant compter beaucoup pour Jean Rose, puisqu'il semble que ce soit pour elle qu'il fit édifier à sa mort la chapelle du Saint-Sacrement (en 1331), où il se fera inhumer plus tard à ses côtés. C'est cet évènement tragique vraisemblablement, et plus largement, qui semble à l'origine de la démarche charitable et philanthropique de Jean Rose.

L'origine de sa famille n'est pas moins obscure. On suppose qu'il hérite une grande partie de sa fortune à la mort de son père. Très certainement drapier comme ces ancêtres. Pourquoi n'a-t-il pas repris l'affaire ? Avait-il des frères ?

Il eu aussi une descendance. Est-ce qu'il l'eut avec celle qui fut son épouse ? Rien ne le prouve. Mais il est fait état de l'existence au moins d'un fils (nom ?), avocat au Parlement de Paris ce qui dénote qu’il évoluait dans un milieu cultivé, puis d'un petit fils le chevalier (titre de noblesse) Simon Rose, inhumé dans la chapelle de l'hôpital Jean Rose, puis d'un autre Jean Rose, etc. Des descendants qui continuèrent l'œuvre de bienfaisance de leur aïeul, en faisant des dons réguliers à l'hôpital et à la ville. l'ECCE HOMO que l'on voit sur le portail Renaissance très délabré, adossé à la chapelle de l'ex-hôpital Jean Rose au bas de la rue saint Remi, trouve très certainement son origine dans ces dons, à la mémoire de Jean Rose (?). Sur ce portail figure les armes de la famille Rose anoblie (3 roses formant un triangle sur la pointe) et la date de 1356, date de fondation de l'hôpital.



La vie de Jean Rose est à recouper avec une période de l'histoire qui a connu des heures sombres. Et notamment l'épidémie de peste en 1348 (peste noire), qui fit de nombreuses victimes. Et 10 ans plus tard la Jacquerie (1358, soit deux ans après la fondation de l'hôpital Jean Rose), qui laissa le souvenir d'un massacre à Meaux. Pour mémoire, la Jacquerie est une révolte paysanne, qui eu lieu partout en France à une époque où les campagnes étaient le lieu d'une très grande misère, et victime indirectes des expéditions de guerres menées par le roi et la noblesse. En 1358, de nombreux nobles, surtout des femmes (parmi lesquelles la future reine de France), trouvent refuge derrière les remparts du Marché. Les Jacques, environs 9 à 10 000, composés de paysans de bourgeois venus de Paris, et soutenus par la cité meldoise (notamment par les bourgeois) décident de prendre le Marché. Ils sont tenus en échec et largement massacrés (environ 7000 jacques tués) par la noblesse armée venue prêter renfort aux assiégés. Pour avoir soutenu la rébellion, le maire de Meaux, Jehan Soulas, est pendu, et la ville est incendiée pendant plusieurs semaines. Jean Rose pris également parti pour la rébellion, mais à quel degré ? Si il était vieillard en 1364 je doute qu'en 1358 il soit allé combattre l'arme à la main au côté des Jacques ! Mais il dut demander une rémission (un pardon) individuelle du roi Charles V, "punition" réservée aux bourgeois trop compromis dans l'affaire. [cf. article sur la Jacquerie à Meaux :
http://meaux.over-blog.net/article-5368712.html



Jean Rose en plus des biens acquis la plus part du temps sur des ventes et des achats de terres ou de bâtiments, mais au nom de sa fondation (!), a laissé à la ville une assez belle pierre tombale parvenue jusqu'à nous dans un état moyen (il ne reste que la dalle de calcaire noir et quelques incrustations de marbre blanc, mais il fallait certainement imaginer une dalle polychrome et les creux de ce qui apparaît un dessin en relief, remplis de résines de couleur), visible toujours dans la chapelle du Saint-Sacrement, dans ce qui est la partie la plus ancienne de la cathédrale de Meaux. Cette dalle, fut relevée, pour éviter qu’elle ne se détériore plus) et scellée dans le mur lors des grandes restaurations effectuées au XIXe siècle. Au par avant elle était posée à même le sol, et on pouvait voir une fresque sur le mur de la chapelle représentant la vie de Jean Rose.


Je ne peux que vous conseiller d'aller jeter un œil à ce portrait d'un homme singulier qui a marqué son temps, marqué l'histoire de Meaux, et qui en tout cas suscite chez moi une certaine fascination et surtout pour le mystère qui l'entoure.

jeanrose.jpg







** http://questes.free.fr/index.php?option=com_content&task=view&id=60&Itemid=49&limit=1&limitstart=0


Voir aussi :
- Dictionnaire Topographique et Historique des Rues de Meaux, tome 1 : La vieille ville - rive droite, par la Société Littéraire et Historique de la Brie (1988) – article : "le boulevard Jean Rose", p136-139.
- Histoire de Meaux et du pays meldois, par Antoine Carro.

Rédigé par F.B.

Publié dans #940 Histoire

Repost 0
Commenter cet article

Benjamin 17/08/2007 19:02

Je donnais une opinion, pas une prescription.Cela dit il n'y a quasiment aucun rapport entre le vrai d'Artagnan et celui de Dumas, et les Rougon sont  des créations pures de Zola^^

Benjamin 17/08/2007 16:15

je n'ai pas dit qu'il était mort jeune, mais qu'on ne pouvait faire aucune spéculation...Pour le reste, le roman... Pour moi ou bien on fait une bio rigoureuse (et là on ne peut pas: manque d'éléments) ou bien on fait une fiction à partir de rien. mais pas de mélange des genres.

F.B. 17/08/2007 17:52

Ce n'est pas dire "mort jeune" ou "mort vieux", la marge que je donne à sa vie est de 20 ans (54 à 74, plus ou moins), mais surtout considérer, vu ce que vous décriviez sur la forte mortalité au moyen âge, qu'on atteignait l'age de vieillesse peut-être alors plus tôt qu'aujourd'hui... Sinon pourquoi "pas le mélange des genres" ? Tous les romans sont à la base un mélange de genre. Prenez Zola, que vous citez régulièrement sur votre blog? Toute son action se passe dans une réalité. celle de son époque. Après je veux bien croire à l'exercice d'imagination, mais même les vies de ses personnages ont quelque chose qui vient forcément du vécu. Du vécu de l'auteur, mais de son entourage aussi, de ce qu'il a vu, puis tout ça est remixé.Si un texte est présenté comme une fiction alors elle est a prendre comme telle ! Ou alors que penser de romans comme les Trois Mousquetaires de Dumas ? Pour moi si j'avais a raconter quelque chose sur Jean Rose, je pense que je serais assez dans l'esprit des "trois mousquetaires" : époque, personnages réels et fiction autour. Non ? Pour la bio, effectivement je pense qu'il n'y a pas grand chose de plus a gratter, mais ça mériterait d'être regardé quand meme. Cependant ce travail de recherches me semble important pour "crédibiliser" une histoire, et pas seulement une bio du personnage, mais aussi une compréhension de ce qu'était la vie à l'époque, etc.  

Benjamin 14/08/2007 21:09

Désolé: Philippe Ariès, pas Paul.Toutes mes excuses

F.B. 17/08/2007 12:13

Merci pour cette précision... bon mais le doute plane toujours sur l'age de la mort de ce personnage en particulier.Et sa vie amoureuse... Pensez vous qu'il soit resté veuf pendant près de 40 ans ? Moi je m'interroge vraiment sur cette question de l'amour porté à cette femme qui semble assez idéalisé (s'agit-il d'un exemple d'amour courtois et passionné des romans de Chrétiens de Troyes), au point de lui offrir une séputure dans une cathédrale, de ne pas se remarier, de devenir philanthrope... un tel sacrifice est assez exceptionnel. Pourtant ce n'est pas ce qu'on retient du personnage...Je pense que si j'avais le temps je me pencherais plus sur Jean Rose, sur sa vie, lui faire une biographie, ou carrément bâtir un roman sur lui. Le contexte dans lequel il a vécu donne plus que matière à faire un bon roman, croyez pas ?

Benjamin 14/08/2007 14:11

Une petite contestation d'un "lieu commun" sur les vieillards médiévaux.Ils étaient nombreux, et véritablement vieux, dépassant fréquemment les 75 ans.En effet, celui qui avait survécu à l'effrayant taux de mortalité infantile qui faisait "baisser la moyenne d'âge" et qui n'était pas mort par contagion à l'âge où en bougeant (conscription, travail ambulant, etc.), qui n'était pas mort à la guerre ou... exécuté (le nombre de condamnés à mort jouait fortement sur les statistiques en fin de Moyen Âge) arrivait à l'âge de sérénité fet aisait souvent de fort vieux os... Réf. paul Aries.